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De 1539 à 1802: la reconstruction

1. Vestiges médiévaux

De nombreuses sources mentionnent la présence d'une tour à Givisiez au XIIe siècle. Cela peut laisser supposer un ensemble fortifié, défendant l'accès nord à la ville de Fribourg.

Les anciennes chroniques relatent la guerre meurtrière que Berne, unie à la Savoie, livra à Fribourg au début de l'an 1448. Le 6 janvier, les Fribourgeois attaquèrent leurs ennemis sur la route de Givisiez et tuèrent 400 hommes sur la colline du Guintzet. La destruction de la fortification de Givisiez date peut-être de cette époque.

Les restaurations, menées au Manoir de Givisiez de 1987 à 1990, ont permis la mise à jour de quelques vestiges. Le mur ouest du Manoir, large d'environ 1 mètre, semble avoir été édifié sur les anciennes fondations qui comportent un fruit important. D'autres soubassements, à l'angle nord-ouest de la propriété, sont apparus lors du creusage des garages.

A l'angle oriental de la propriété, un accident du terrain laisse présumer de la présence d'enceintes médiévales, celles des sires de Givisiez, mentionnées aux XIIe et XIIIe siècles. 

 

2. François 1er d'Affry, seigneur de Givisiez

La construction du manoir actuel, qui porte au linteau de la porte principale la date 1539, peut être attribuée à François Ier d'Affry et son épouse Elisabeth de Cléry.

L'essentiel de la structure de ce bâtiment a été conservé : il consiste en une bâtisse rectangulaire d'un étage sur rez-de-chaussée, abritée par un toit en bâtière à deux pans coupés.

Façade est
L'angle nord-est n'a subi que des modifications mineures. Au rez, deux fenêtres géminées flanquent le portail. Au premier étage, le hall est éclairé par deux grandes baies à meneaux cruciformes.

L'angle sud-est est structuré par un cordon réglant l'horizontale de la tablette des fenêtres. Le soubassement, conformément au style renaissant, avait ses assises soulignées d'un appareil peint.

Façade sud
La partie orientale est restée intacte. Au rez-de-chaussée, un triplet à baie centrale surélevée et une porte à linteau droit s'inscrivent dans le carraudage original. A l'étage, les six percées sont regroupées en deux ensembles rythmés de quatre et deux baies séparées par des meneaux étroits.

La partie occidentale présente un carraudage différent ; les blocs plus grands témoignent d'un autre chantier. Au rez-de-chaussée, une nouvelle porte donne un accès direct à la pièce d'angle. A l'étage, un triplet à baie centrale surélevée est encore lisible dans les joints du carraudage. Quant à l'angle sud-ouest, il était vraisemblablement aussi structuré par un cordon identique à celui de la façade sud.

Plus tard, les fenêtres à croisillons ont été remplacées par des baies où alternent les pleins et les vides. Dans l'ancien mur fermant la bâtisse à l'occident, deux percées modernes ont été ouvertes.

Façade nord
L'analyse dendrochronologique des poutres du plafond et du plancher de la "salle Vogelsang" a montré que cette partie du manoir a été construite de 1578 à 1580. S'il est impossible de préciser quelles ouvertures éclairaient cette partie de l'édifice, on distingue en revanche, à l'emplacement de la porte actuelle, les traces d'un triplet à baie centrale surélevée.

Deux éléments laissent supposer qu'à la fin du XVIe siècle, le salon occupait l'angle nord-est de l'étage :

1. les vestiges noirs d'une frise à motifs stylisés ont subsisté. Ils sont encore lisibles à plusieurs endroits, tant sur la façade nord du bâtiment que dans le salon, sous le décor réalisé par Michael Vogelsang vers 1660. 2. deux vitraux, provenant du manoir de Givisiez, ont été acquis en juillet 1907 par le Musée des Beaux-Arts de Fribourg pour la somme de Fr. 1'200.-
 

Le premier aux armes des Praroman :

"J(unker) Christoffell von Perroman, 1577"
 

Le second, aux armoiries d'alliance Praroman - d'Affry, porte en cartouche la
devise suivante :

"CONCORDIA RES MAXIMA CRESCUNT VERO-DILABUNTUR"

"J(unker) Petter Von Perroman Und F(rau) Elsbeth Von Affry Sin Gemachell, 1580"

On en a déduit qu'à la fin du XVIe siècle, le manoir appartenait aux Praroman . Une autre hypothèse est à envisager. Selon une coutume souvent attestée, des vitraux d'amitié ont pu être offerts, à l'occasion de la transformation du château, par les Praroman à Louis d'Affry, leur parent .

Dans l'histoire de l'architecture fribourgeoise, le manoir de Givisiez s'inscrit à l'apogée de la Renaissance. La construction de l'Hôtel de Ville est achevée depuis 1530. Gilian Aetterli et Hans Felder ont défini les principes de la bâtisse avec toit en bâtière. Ils ont donné aussi toutes les formes de fenêtres à meneaux qui vont rester de mode jusqu'au XVIIe siècle.

Au manoir d'Überstorf, en 1505, l'architecte avait choisi un type de circulation à deux couloirs perpendiculaires. Barberêche, construit de 1522 à 1528 pour la famille de Praroman, a été très lourdement dénaturé à l'époque néogothique. Il ne peut guère servir de référence.

Une nouvelle typologie, où l'accent décoratif est porté sur la façade étroite couronnée par un arceau, apparaît, en 1560, au château de Corbières .

Chacune de ces résidences d'été marque l'évolution artistique du canton grâce aux goûts, aux relations des commanditaires et aux artistes qu'ils engagent.

La typologie intérieure et la disposition fonctionnelle du manoir renaissant de Givisiez sont hélas impossibles à préciser. Nous ne connaissons ni les circulations verticales, ni la distribution des services et de l'habitat. En revanche, la tourelle d'aisance semble être restée à son emplacement original sur la façade nord. 

 

3. 1644 : L'intervention Baroque

La galerie à colombage comporte une double fonction. Elle abrite les chars, carrosses et chaises à porteurs, qui permettent de gagner la ville toute proche. Elle sert aussi de corridor, reliant l'escalier à colimaçon et les appartements. Les six axes, scandés par des piliers de chêne, sont parfaitement mis en valeur par les rythmes du colombage.

La tourelle d'accès est marquée par un portail à pilatres cantonnés, supportant un fronton brisé, qui témoigne déjà de l'esthétique baroque. Afin d'assurer une certaine unité de style et accorder sa création à l'immeuble principal, l'architecte conserve les fenêtres à triplet. Mais leurs proportions plus élancées prouvent une mutation du goût.

Les deux tourelles à encorbellement et panneaux défoncés en allègent la masse qui prend un aspect plus gracieux.

Le grand salon, signé par Michael Vogelsang vers 1660, montre les goûts et le raffinement des propriétaires du XVIIe. On peut, sans grands risques, voir en Jean-Louis d'Affry le commanditaire de l'oeuvre. Après une carrière de capitaine au service de France, il est nommé sénateur de Fribourg en 1656 .

Si Givisiez conserve la plus prestigieuse exécution de ce type de décor dans le canton de Fribourg, il ne peut cependant pas être considéré comme un jalon dans l'évolution du goût. Cette même typologie avait été adoptée au petit salon de Cressier quelques années auparavant.

Au XVIIIe siècle, le manoir d'Affry perd de son intérêt. Nicolas Alexandre d'Affry, de la branche cadette, édifie, face à l'église, un autre château. Par donation, celui-ci revient en 1708 à la branche aînée. Mais le manoir restera l'une des nombreuses résidences d'été de la famille d'Affry.