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De 1803 à 1903: le château de Boccard

Au XIXe siècle, la vie sociale à Givisiez fut fort brillante : on appelait les trois châteaux (d'Affry, de Boccard et Von der Weid) "Le Trianon fribourgeois".

Givisiez eut son heure de gloire lorsque Louis d'Affry fut nommé, en 1803, premier Landamann de Suisse ; en été, la famille d'Affry recevait dans sa maison de campagne de Givisiez tout ce que Fribourg comptait d'émigrés illustres et de patriciens fribourgeois. Mme Louis d'Affry, née de Diesbach Steinbrugg, aidée de ses trois filles Elisabeth (Mme de Villardin), Julie et Marie-Anne, et de sa belle-soeur Mme Veuve d'Affry née Gigot de Garville, y tenait salon.

Au début du XIXe siècle, Marie-Anne Elisabeth (Ninette) d'Affry, fille du premier Landamann de Suisse, épousa Hubert de Boccard et le manoir passa dans le patrimoine des de Boccard .

Dans les châteaux de Givesier , on menait une existence champêtre : "Quand il fait beau, on chasse, on pêche, on fait de grandes promenades en char à banc... s'il pleut, on traque les escargots avec une grande cuillère de bois fixée au bout d'une latte ou bien l'on s'assemble dans la chambre de la maîtresse de maison pour causer, lire à haute voix, dévider des écheveaux ou casser des noisettes" .

Madame Charles d'Affry, née de Maillardoz, eut également un salon fréquenté par les beaux esprits de l'époque . Ses filles, Adèle d'Affry (duchesse Colonna di Castiglione, plus connue sous son nom d'artiste "Marcello") et Cécile (Baronne d'Ottenfels) - l'une sculpteur, l'autre poètesse - contribuèrent au renom de Givisiez.

Enfants, Adèle et Cécile d'Affry aimaient à traverser la rue pour jouer dans la cour du manoir, propriété de leur cousin Roger de Boccard .

De nombreux passages des "Carnets" de Marcello parlent de la vie en été dans les résidences de Givisiez.

Imaginons ces dames de la bonne société. Délaissant le grand salon au Nord, elles se sont réunies dans la salle des Chevaliers de l'aile est (actuelle "salle du Conseil"). Les fenêtres au sud permettent de surveiller les enfants jouant dans la grande cour .

Quant à l'oriel, quel poste d'observation ! De là, l'oeil court jusqu'au bois de la Faye, Granges-Paccot, Fribourg et les Préalpes. On peut donc surveiller la campagne et annoncer le retour des chasseurs. L'oriel offre aussi un refuge à qui veut chuchoter une confidence.

Sur l'actuelle pelouse, on construit une "serre aux fleurs" (13,15 m x 5,25 m x 2,35 m) et un "cabinet des oranges" (3,80 m x 3,50 m x 2,90 m) 2). Au fond du jardin un petit pavillon accueillait les promeneurs. La galerie à colombages, ouverte, servait de remise pour les calèches et d'endroit où déposer le gibier en rentrant de la chasse.

Au XIXe siècle, l'angle sud-ouest du Manoir est flanqué d'une terrasse à laquelle on accède par un escalier métallique. Les fenêtres à croisillons de la chambre du premier étage sont remplacées par des portes-fenêtres.

A plusieurs reprises, la résidence d'été de Boccard accueillit des religieux chassés de France par les lois anti-cléricales . Ainsi, en 1830, mère Barat , fondatrice des Dames du Sacré Coeur, résida au manoir. Pendant son séjour, elle chercha, dans les environs de Fribourg, une résidence pour y fonder un noviciat : son choix se porta sur Middes.

En Suisse aussi, certains tenants du parti libéral s'offusquaient du trop grand nombre de communautés religieuses et de leur puissance. Si, à Fribourg, la loi du 20 juillet 1798 interdisant aux couvents de recevoir des novices avait été abrogée en 1803, les tensions entre radicaux et conservateurs restaient vives. Elles l'étaient encore plus dans la Confédération.

Un article du Pacte Fédéral de 1873 interdit "la fondation de couvent ou n'importe quelle sorte d'établissement dans lequel on mènerait une vie de communauté".

En 1880, les héritiers de Mlle Antoinette de Boccard (tante Mimi) louèrent le manoir et, au mépris de la loi fédérale, signèrent un bail de deux ans avec les Frères Maristes.

Le salon Vogelsang devint la chapelle. Les nymphes décorant les murs donnaient-elles des distractions aux jeunes gens ? Les Pères recouvrirent les parois de toile de jute !!! Seul le plafond fut épargné.

Douze Pères et cinquante élèves occupaient la maison quand, en janvier 1882, le Conseil d'Etat ordonna, en application de la loi fédérale, la dissolution de la Communauté. Les religieux devaient obtempérer dans un délai de quatre semaines. En cette période préélectorale, on ne trouva pas le moyen de fléchir le gouvernement radical. Cependant, après maintes interventions de leurs amis, les Maristes obtinrent un sursis jusqu'à la fin de l'année scolaire. En été, les religieux quittèrent le manoir. Ils établirent leur scolasticat en Espagne.

La famille de Boccard installa l'électricité au château et l'occupa jusqu'en 1903.